Cultures

VINGT (20) ACTIONS POUR RELANCER DE L’ART CONTEMPORAIN AU BÉNIN

A l’heure de la mondialisation où l’art contemporain souvent désigné tout court art plastique est un enjeu majeur de développement, les artistes béninois s’illustrent particulièrement en art contemporain. Malheureusement, la majorité d’entre eux est réduite à une situation de précarité. Pour passer de cette condition à une meilleure, vingt (20) actions ont été identifiées par Hermann Eric TOHON, Docteur en Sociologie de Développement de l’Université d’Abomey-Calavi, pour relancer l’art contemporain. (Lire l’intégralité de la réflexion) 

L’art contemporain s’insère dans la sphère économique et fait l’objet d’enjeux majeurs en ce qui concerne la promotion du tourisme. Les manifestations de l’art contemporain sont éloquentes en l’occurrence. En 2017, la Documenta de Cassel, une manifestation quinquennale de l’art contemporain a drainé plus de 850.000 visiteurs. En 2018, les retombées de la biennale de Dakar, le Dak’art, sont estimées entre deux et trois milliards de FCFA. L’internationalisation de l’art contemporain offre alors une opportunité supplémentaire en termes de visibilité quant aux pays qui savent tirer profit du positionnement de leur production artistique. En ce qui concerne l’art contemporain béninois, il s’insère dans le Programme d’Action du Gouvernement au Pilier 2 : Engager la transformation structurelle de l’économique en son axe 4 : Amélioration de la croissance économique en ses actions 3 (Faire du tourisme une filière de développement économique créatrice de richesses et emploi et 8 (Mettre en place une réelle politique de soutien aux vocations et talents artistiques) et la production ne manque pas de positionnement. L’art contemporain apparaît aujourd’hui comme un facteur de rayonnement international du Bénin et de l’Afrique.

En effet, les artistes plasticiens béninois enregistrent de succès impressionnants sur l’échiquier international. L’artiste plasticien béninois Georges Adéagbo est le premier artiste africain à recevoir le prix de la Biennale de Venise. Quant à l’artiste plasticiens béninois Philippe Abayi, il a été élevé au rang de chevalier de la Pléiade en 1989 (distinction de l’ordre de la Francophonie et du Dialogue des Cultures). En 2001, l’artiste plasticien béninois Ponce Zannou a eu la Médaille d’or au jeu de la francophonie. Quant à l’artiste plasticien béninois, Romuald Hazoumè, il a été le lauréat du Prix Arnold Bode en 2007. Sans avoir la prétention de lister les succès mémoriaux des artistes plasticiens, signalons qu’en 2017, l’artiste plasticien béninois Rémy Sossouvi a honoré le Bénin en décrochant la Médaille d’or au jeu de la francophonie. Cependant, la question de leur survie, la capacité à tirer du métier d’art plastique leur subsistance, demeure d’actualité.
Sur le plan économique, en Afrique en général et au Bénin en particulier, le marché de l’art est très peu développé. Seuls quelques cadres supérieurs achètent les œuvres d’art contemporain. Suite au peu d’intérêt des acteurs, les artistes plasticiens ont, à cet effet, initié de grandes manifestations publiques. Les acteurs ont certes, répondu à cet appel. Cependant, ce fut plus un public d’admirateurs que d’acteurs. Ils viennent contempler les œuvres et se contentent de féliciter les artistes. Tout se passe comme si l’Afrique ne voulait pas de cet art (Ndiaye, 2002). Par conséquent, l’art africain contemporain reste un art sans marché qui vit encore largement par le regard des autres qui seuls disposent du moyen matériel de le révéler  (Njami, 1998).

Le marché international semble offrir en effet, plus d’opportunités à la réception de l’art contemporain. Mensah (2002) souligne que  la place qu’occupe l’art contemporain africain s’amplifie régulièrement. De plus, il bénéficie d’appui institutionnel. C’est le cas de la France du musée des arts d’Afrique et Océanie, les Musées de Grenoble et de Marseille, etc., et surtout le Musée d’Angoulême. L’art contemporain africain mobilise l’intérêt des acteurs en Occident avec la tenue à Düsseldorf et Londres, puis à Paris au Centre Pompidou de l’exposition Africa Remix, qui doit achever son itinéraire à Tokyo, et la publication d’un catalogue considérable.

Tout laisse alors à penser que le marché international est un créneau porteur pour l’art contemporain africain mais c’est ignorer la concurrence internationale.
Sur le marché international, l’art contemporain reste dominé par les œuvres américano-européennes et la quasi-inexistence des productions non occidentales. Du classement des différents pays voire régions, on retient que « sur les cent artistes les plus reconnus dans le monde en 2000, 33 sont américains, 28 sont allemands, 8 sont britanniques, 5 sont français, 4 sont italiens, 3 sont suisses, les autres pays du monde se partageant le maigre reste du palmarès. [. . . ]. Les pays du Tiers Monde sont les parents pauvres de cette catégorie [. . .] et ils n’ont guère voix au chapitre en dehors des biennales d’art contemporain » (Quemin, 2002 :15-40). Oublié (2007) abonde dans le même sens lorsqu’elle écrit que l’actuel système de cotation du marché de l’art traduit une domination non plus seulement des tendances artistiques mais bien aussi de l’identité culturelle de l’artiste comme facteur opérant de son éligibilité sur la scène internationale. Si cette situation s’est faite remarquer dans les années 2000, elle constitue une tendance lourde qui se fait encore ressentir : la concentration du succès artistique est extrême entre un très petit nombre de pays, tous occidentaux, qu’il s’agisse des États-Unis ou de quelques pays d’Europe (Quemin, 2016).

Ce contexte économique prédestine l’artiste plasticien à une condition de misérabiliste. Il apparaît alors important d’envisager des actions pour inverser ces tendances. Ces dernières prennent corps dans la vision de la profession des artistes plasticiens à l’horizon 2040.
En effet, le rêve sur la profession des artistes plasticiens apparaît comme suit : « la profession des artistes plasticiens en 2040, est une profession fort convoitée de créations authentiques, valorisantes de la tradition africaine, promues à travers les médias et les TIC, et consommées tant par les acteurs locaux qu’étrangers. ». Ce rêve de la profession des artistes plasticiens en 2040 reste l’aboutissement d’un scénario optimiste marqué par trois périodes importantes d’évolution.
Période 2020-2025 : Aménagement du cadre

Sous l’impulsion des associations des artistes plasticiens plus structurées et organisées en fédérations et confédérations, l’Etat procède à de profondes réformes. La première initiative de l’Etat est l’adoption du décret portant l’affectation d’un pourcentage des ressources réservées à la construction des édifices publics à la décoration artistique. Cette nouvelle mesure a permis à plusieurs artistes plasticiens de gagner des marchés publics et d’en vivre.
Parallèlement, l’Etat amorce la formation des artistes plasticiens. Des bourses sont octroyées à certains artistes ayant des compétences avérées pour se perfectionner. Ces derniers, à leur tour, organisent des séances de recyclage au profit de leurs pairs dans des ateliers où des formations para-artistiques sont également faites pour renforcer le niveau d’instruction des artistes plasticiens. Ces formations vont de pair avec celle des spécialistes. L’Etat, à la suite de ces formations, procède à une évaluation pour s’assurer du nombre suffisant d’artistes plasticiens pouvant enseigner dans les cours primaires et secondaires.
A la faveur des résultats très concluants de l’évaluation, l’Etat procède à l’adoption du décret portant introduction des arts plastiques dans l’enseignement. Beaucoup d’artistes plasticiens sont recrutés et parallèlement à leur activité artistique, ils exercent le métier d’enseignant. Les disparités socio-économiques entre les artistes plasticiens se sont profondément amenuisées.
Dans la même foulée de réformes, l’Etat lance la construction des trois musées annoncée par le Chef de l’Etat. Il met également en place une galerie nationale de l’art contemporain et un institut des beaux-arts.

Période 2026-2030: Période transitoire

Les différentes réformes institutionnelles et structurelles réalisées pendant les cinq (5) dernières années permettent de dynamiser le marché d’art grâce à la mise en place d’une politique fiscale incitative à l’acquisition des œuvres d’art.
L’Institut des beaux-arts et l’Institut National des Métiers d’Art, d’Archéologie et de la Culture (INMAAC) mettent sur le marché des artistes plasticiens dont l’authenticité des œuvres est partout recherchée. Les acteurs étrangers n’imposent plus les mouvements esthétiques. Ils s’approprient les tendances esthétiques locales.
En effet, parallèlement à la formation artistique, tout un savoir culturel est enseigné pour renforcer le niveau de culture des artistes plasticiens. Ces derniers font leur preuve dans les centres d’exposition et sur proposition de ces centres, après une compétition, accèdent à la galerie nationale. Cette dernière organise des expositions itinérantes dans les représentations diplomatiques du Bénin à l’étranger et réalise des publications sur les artistes plasticiens qu’elle distribue gratuitement dans les avions. Ce faisant, le rayonnement des artistes plasticiens va au-delà des frontières. Les médias et les TIC sont aussi étroitement associés à la diffusion des œuvres aussi bien sur le plan national qu’international. Tous ces efforts sont corroborés par l’organisation d’une rencontre annuelle de l’art plastique à Cotonou et font du Bénin, une plaque tournante de l’art.
Pendant cette période, la consommation interne reste encore faible ; seuls l’Etat et l’environnement externe consomment activement les œuvres d’art contemporain.

Période 2031-2040: Essor du marché local

Les profondes mutations réalisées ces dernières années et fort médiatisées, suscitent l’engouement des acteurs locaux. Leur intérêt est de plus en plus grandissant. Les allègements fiscaux incitent les opérateurs économiques à la consommation de l’art. La consommation interne prend forme.
Ces changements ont redoré le blason de la profession. Les artistes plasticiens sont devenus opulents et la profession devient alors très convoitée.
Pour passer de ce cheminement de rêve à la réalité, vingt (20) actions ont été envisagées.

Tableau : Actions de relance de la profession des artistes plasticiens

Tableau : Actions de relance de la profession des artistes plasticiens

Tableau : Actions de relance de la profession des artistes plasticiens

Source : Données de la recherche, 2017
Ses coordonnées : (95 86 75 05) 
e-mail : tohonhermann@gmail.com
tohonhermann@yahoo.com

ZOOM SUR LA BIOGRAPHIE DU Dr SETONGNINOUGBO HERMANN ERIC TOHON
Né le 26 Septembre 1978 à Abomey, Tohon Sètongninougbo Hermann Eric a fait ses premiers dans le monde scolaire en 1983 à l’école de base de Gbêcon-Hounli à Abomey et suite à l’année blanche de l’année 1989, il a regagné l’école primaire privée ‘’Enfant Epanoui’’ à Abomey où il a obtenu son Certificat d’Etude de Fin d’Enseignement de Base (CEFEB) en 1990. Il a ensuite commencé le cours secondaire au Collège d’Enseignement Général (CEG I) d’Abomey pour ensuite rejoindre le Collège Mgr Steinmetz de Bohicon où il a obtenu son Brevet d’Études du Premier Cycle (BEPC) en 1994. Il est entré par la suite au Collège Catholique Père Aupiais, où il a fait le second cycle de l’enseignement secondaire et au terme de trois années en série C, il a eu son Baccalauréat avec la mention assez bien en 1997. Réussi premier au concours d’entrée à l’Ecole Nationale d’Economie Appliquée et de Management ex-INE, il a fait la Gestion Commerciale et il est sorti major de promotion avec le Diplôme de Technicien Supérieur en Gestion Commerciale en 2000. Lors de sa formation en Gestion Commerciale, eu égard à la forte présence des données sociologiques dans les sciences marketing, il s’est inscrit en 1998 pendant qu’il était en deuxième de Gestion Commerciale en première année de sociologie. Il a obtenu en 2003, sa maîtrise en sociologie et fut le tout premier étudiant ayant appliqué la méthodologie des études prospectives dans le cadre d’un mémoire. Assoiffé de connaissance, il s’est inscrit en science juridique en 2003, et après trois ans, il a eu sa maîtrise en droit des affaires et carrière judiciaire. Après cette formation, il entra dans la vie active pour revenir aux études en 2013 où il a fait son DEA en sociologie de développement. La même année, il a fait un Master en Suivi-Evaluation et il a fini avec succès cette formation avec la mention Très bien en 2014. Monsieur Sètongninougbo Hermann Eric s’est inscrit en thèse de doctorat en octobre 2015 à l’Ecole Doctorale Pluridisciplinaire « Espaces Cultures et Développement » de l’UAC dans la filière Sociologie du Développement. Il soutient sa thèse de doctorat le 17 décembre 2018. Il est à retenir dans tout son parcours, il n’a jamais repris une classe.
Il a également fait d’autres formations professionnelles. De 2002 à 2004, il a suivi les cours d’anglais commercial au Centre Béninois de Langues Etrangères et il a obtenu le Certificate of proficiency in English and Business Communication avec le grade A. Il a également suivi au Centre d’Education à Distance (CED), une formation en suivi-évaluation à Cotonou. Il a participé des formations en management de la qualité successivement en 2015 et en 2016 respectivement à Grand Popo et à Lomé. Et il est certifié Auditeur en management de la qualité. En 2017, il a suivi à Maraketch au Maroc une formation en planification et contrôle des projets et programmes.
Sur le plan professionnel, Tohon Hermann a commencé sa carrière en 2005 en tant que consultant. Il a été consultant sociologue auprès de la Direction des Assurances du Bénin. Il a collaboré avec le cabinet Alpha Consultant Afrique en tant que consultant associé où il est intervenu sur de grands dossiers dont la réforme du système pénitentiaire au Bénin, l’audit institutionnel et l’appui juridique au Centre National de Télédétection (CENATEL). Signalons qu’il a appliqué avec dextérité la méthodologie des études prospectives dans le cadre de la réforme du système pénitentiaire au Bénin. Ensuite, en tant que consultant associé au Cabinet Los Lideres, il s’est occupé du volet social, de plusieurs études d’impact environnemental et social. Il a conduit également des études de faisabilité de projets pour plusieurs entreprises privées. Il a travaillé aussi en tant que consultant indépendant auprès du Front des Organisations de la Société Civile pour la réalisation de la Liste Electorale Permanente Informatisée (FORS-LEPI). Il a participé à l’étude sur l’état des lieux des Organisations de la Société Civile et des acteurs culturels au Bénin à l’Atelier ORISHA, un CLUB de l’UNESCO. Par la suite, Il est entré en 2011 au Cabinet Soft Business International où il a exercé en tant chargé des études jusqu’en 2015. Il a été recruté en 2015 au Fonds National de Promotion de l’Entreprise et de l’Emploi des Jeunes en tant qu’Assistant du Directeur Général. Il a occupé successivement les postes de Chargé des Etudes et de la Planification, d’Assistant Juridique et actuellement, il est le Chef Service des Etudes de Projets des Entreprises. Cumulativement à ses fonctions, il a été de 2015 à 2018, le Responsable Qualité Adjoint.

Il a à son actif, quatre (5) articles scientifiques.

  • Le premier intitulé : « Déterminants socioculturels de la persistance des violences conjugales dans la ville de Bohicon » paru dans la revue DEZAN, numéro 013 Volume 2 du Décembre 2017 ;
  • Le deuxième : « Déterminants socio-économiques de la dynamique de conversion religieuse à Dogbo » paru dans la revue DEZAN, numéro 014 du juin 2018;
  • Le troisième : « Déterminants sociaux de l’absence des femmes dans l’arène politique à Dogbo » paru dans le Journal de la Recherche Scientifique de l’Université de Lomé, Volume 20 numéro 3-2018;
  • Le quatrième : « Les enjeux des représentations sociales au Bénin : l’artiste plasticien est-il véritablement un artiste ? » paru dans le Journal de la Recherche Scientifique de l’Université de Lomé, Volume numéro 20 numéro 4-2018;
  • Le cinquième : « incidences des trajectoires sur la disparité socio-économique des artistes plasticiens paru dans Rescilac Volume 2 numéro 8

Il a présenté trois communications aux Colloques ayant lieu à l’Université d’Abomey-Calavi :

  • Perceptions sociales de la responsabilisation des femmes cadres dans la fonction publique
  • Représentations sociale des artistes plasticiens dans les communes de Cotonou et d’Abomey-Calavi ;
  • Perception du concept Genre par les acteurs sociaux dans le kufo
    Il fait une contribution intitulée : la prospective stratégique pour un meilleur décryptage de la disparité socio-économique des artistes plasticiens dans les communes de Cotonou et d’Abomey-Calavi au Bénin à l’ouvrage’’ Prospective et sociétés, les mélanges en l’honneur du Professeur Albert TINGBE-AZALOU’’.

Ses prochaines recherches porteront sur la sociologie de l’entrepreneuriat en particulier l’entrepreneuriat des personnes handicapées et sur la sociologie des finances.

  Emmanuel GBETO