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La grenade controversée GLI-F4 est désormais interdite en France, un coup de com ?

Elle était régulièrement décriée par les « gilets jaunes » et autres participants aux manifestations en France, et notamment accusée de causer des mutilations. C’est terminé, la grenade GLI-F4 ne sera plus utilisée par les forces de l’ordre. Une décision annoncée par Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, dimanche sur France 3.

Elles n’ont pas une couleur, elles n’ont pas un signalement spécifique et il est arrivé, il y a plusieurs mois, que des policiers soient obligés de les utiliser pour se désengager d’une menace et que des manifestants les prenant volontairement en main se blessent gravement. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il nous faut retirer les GLI-F4.

Christophe Castaner 

Ministre de l’Intérieur

Classée comme arme de catégorie A2 donc comme « matériel de guerre », cette grenade a un triple effet : lacrymogène, sonore (165 décibels à cinq mètres) et de souffle. De petite taille (17.8 cm de hauteur, 5.6 cm de diamètre, 190 grammes), elle contient 26 grammes de TNT. Dans les textes, elle permet a un agent des forces de l’ordre qui est en difficulté, agressé par un groupe, de pouvoir se dégager d’une situation.

Un CRS résume le danger : « Quand celle-ci était lancée à la main, elle pouvait être ramassée par des inconscients qui pouvaient avoir la main arrachée ». Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes » en octobre 2018, 18 blessures à la main ont été signalées et rapportées par David Dufresne, un journaliste qui tient le blog « Allô Place Beauvau ».

Selon ATAC, une ONG qui dénonce la torture et la peine de mort, la France est le seul pays européen à utiliser des grenades explosives contre la population civile pour le maintien de l’ordre.

Un coup de communication

La décision du ministère de l’Intérieur intervient pour tenter d’apaiser les critiques sur la violence policière, quelques semaines après la mort du livreur Cédric Chouviat lors de son arrestation dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 janvier à Paris, et la publication d’une vidéo dans laquelle un CRS fait un croche-pied à une manifestante, le 9 janvier dernier à Toulouse. Cela n’empêche pas un syndicat policier de dénoncer un « coup de com ».

Car la disparition de cette grenade semblait se profiler. Le 24 mai 2018, un avis était paru dans le Bulletin officiel annonçant le renouvellement des stocks de « grenades lacrymogènes et moyens de propulsions ». Or, la grenade GLI-F4 n’en fait pas partie. Les stocks arrivent aujourd’hui à épuisement, notamment chez les gendarmes mobiles et les CRS.

« C’est simplement un effet d’annonce à vocation politique à quelques semaines des municipales » réagit Yves Lefebvre, secrétaire général d’Unité-SPG-FO, premier syndicat de la police nationale en France. « Mais ça risque tout de même de provoquer une polémique en interne ».

Une polémique que l’entourage du ministre a tenté de couper court : « Les stocks n’allaient pas être épuisés en une semaine. Nous choisissons d’arrêter tout et maintenant. C’est une décision forte ». Oui, mais elle arrive trop tard pour Raphaël Kempf, avocat de plusieurs « gilets jaunes » :

C’est une décision nécessaire mais beaucoup trop tardive. Des blessures auraient pu être évitées s’il avait pris cette décision à temps.

Pour Antoine Boudinet, qui a eu la main arrachée par une GLI-F4 le 8 décembre 2018 en marge d’une manifestation de « gilets jaunes » à Bordeaux, c’est un « coup médiatique » et cet « effet d’annonce » n’est « pas suffisant » car « c’est toute la politique du maintien de l’ordre en France qu’il faut réformer ».

Une grenade remplacée

« Pour nous, ça ne change rien puisque la GLI est remplacée par la GM2L », une grenade lacrymogène assourdissante, mais sans TNT, avance un CRS. Une information confirmée par la place Beauvau.

Dans le rapport que le ministère a présenté devant le Conseil d’Etat en mai dernier – que Libération a pu consulter -, il est spécifié que cette nouvelle grenade n’est pas moins dangereuse : « La grenade GM2L, dont la puissance (et donc la dangerosité pour quiconque voudrait ramasser un tel projectile) est quasiment similaire à celle de la GLI-F4, malgré l’absence d’explosif ».

Cette décision anticipe les conclusions du futur schéma national du maintien de l’ordre qui sont attendues dans les prochaines semaines. Christophe Castaner a cependant rappelé dimanche que « la nouvelle stratégie de maintien de l’ordre décidée début décembre après des émeutes à Paris », était toujours d’actualité.

 

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