Internationale

De retour en Italie, Amanda Knox a « peur d’être piégée »

Amanda Knox, de retour en Italie où elle avait été acquittée du meurtre de sa colocataire Meredith Kercher, a dit avoir «peur d’être harcelée et à nouveau accusée».

Pendant des années, son visage a été en Une des journaux italiens et britanniques. Amanda Knox, l’Américaine acquittée en 2015 du meurtre de sa colocataire Meredith Kercher, est de retour en Italie ce week-end. Elle a accepté de participer à un congrès sur la justice et les médias, lors d’un débat intitulé : «Le procès pénal médiatique». Aujourd’hui âgée de 31 ans, l’ancienne étudiante surnommée «la diabolique de Pérouse» n’a pas retenu ses larmes face au public, ce samedi : «En vérité j’ai peur, j’ai peur d’être harcelée, moquée, j’ai peur d’être piégée et que de nouvelles accusations tombent sur moi». «Je suis revenue parce que je devais le faire, parce qu’il fut un temps où je me sentais chez moi dans ce beau pays et j’espère retrouver ce sentiment à nouveau un jour», a ajouté l’Américaine, qui mène une vie discrète dans son pays après y être retournée en 2011, grâce à son premier acquittement du crime commis en 2007. Son petit-ami de l’époque, Raffaele Sollecito, avait lui aussi fini par être acquitté. Seul Rudy Guede, condamné dans un procès à part des deux anciens amants, purge toujours une peine de 16 ans de prison pour le viol et le meurtre de la jeune Britannique, et clame toujours son innocence.

«Je sais que, malgré mon acquittement, je reste une figure controversée face à l’opinion publique, surtout ici en Italie. Je sais que beaucoup de gens pensent que je suis méchante», a poursuivi Amanda Knox, qui a passé quatre ans en prison en Italie. «Certains ont même affirmé qu’en étant présente ici, je suis en train de traumatiser à nouveau la famille Kercher et que je profane la mémoire de Meredith. Ils se trompent», a-t-elle martelé. «Le fait que je continue d’être retenue responsable de la douleur des Kercher démontre combien peuvent être puissantes les fausses narrations et comment elle peuvent miner la justice, surtout quand elles sont renforcées et amplifiées par les médias.»

Victime d’un procès médiatique barbare

L’organisateur du débat, Guido Sola, s’est défendu face aux critiques des avocats de la famille Kercher : «Amanda Knox est une icône des procès que les médias mènent avant que le procès n’arrive devant une cour de justice. Amanda a été définitivement acquittée par un tribunal, mais dans l’imaginaire populaire elle est toujours coupable car elle a été victime d’un procès médiatique barbare.» La jeune femme elle-même a refusé de répondre aux journalistes, mais a écrit un long texte publié sur Medium. Elle y plaide pour son droit à mener une vie normale, après que son emprisonnement et son procès ont été racontés «comme un divertissement». «Les erreurs du système judiciaire italien et l’appétit vorace des médias qui ne font pas la différence entre la vie d’une personne et du contenu à clics m’ont propulsé dans la sphère publique», y écrit-elle notamment.

La justice demeure au coeur du quotidien de la trentenaire puisqu’elle produit et présente un podcast, «The Truth About True Crime», consacré aux erreurs judiciaires : «Nous essayons de ré-humaniser ceux qui ont été mis au ban de la société en tant que pions criminels et nous élever afin de réfléchir à la façon dont nous parlons de ces vies qui sont jetées sous les projecteurs de la justice et des médias.» L’épisode sur lequel elle travaille actuellement avec son fiancé lui rappelle son histoire : elle parle de l’Allemand Jens Söring, condamné à la prison à vie pour un double crime qu’il nie avoir commis en 1986, alors qu’il était étudiant étranger aux Etats-Unis.