Benin

BENIN/POLITIQUE : A cœur ouvert avec Daniel Edah

Le Bénin traverse depuis quelques mois une crise socio-politique due essentiellement à la non-participation de l’opposition aux élections législatives du 28 avril 2019. La réforme du système partisan, matérialisée par l’adoption d’une nouvelle charte des partis politiques et d’un nouveau code électoral. Si la campagne électorale était relativement calme, plusieurs incidents ont été enregistrés le jour du scrutin : affrontements entre forces de sécurité et populations, urnes, isoloirs et autres matériels électoraux saccagés ou brûlés. Au lendemain du vote, les violences post-électorales ont occasionné beaucoup de dégâts tant matériels qu’humains. Depuis, les populations vivent dans un climat social délétère. Les deux camps, c’est-à-dire l’opposition et la mouvance, peinent à trouver le chemin du dialogue. Que faire donc pour sortir de cette crise et ramener la quiétude et la paix dans le pays? Pour répondre à cette question, nous avons rencontré un acteur politique béninois, ancien candidat à la présidentielle de 2016. Sans langue de bois, Daniel Edah dit ce qu’il pense de la situation que vit actuellement le Bénin et prône l’apaisement.

Les anciens Présidents Nicéphore Soglo et Boni YAYI ainsi que les autres leaders de l’opposition accusent le Président Patrice TALON de faire main basse sur toutes les institutions et de confisquer la démocratie. Le Président Talon et son camp estiment que l’opposition a fait exprès de s’exclure des dernières élections afin de forcer la tenue d’assises NATIONALES. Voilà plus d’un mois que le Président Yayi est manifestement assigné en résidence. En tant qu’ancien candidat à la présidentielle de 2016 ayant appelé à voter le Candidat Patrice TALON au second tour, en tant que probable candidat à la prochaine élection présidentielle et aussi en tant qu’un acteur politique ayant proposé l’organisation d’une deuxième conférence nationale, qu’en dites-vous ?
 Je vous remercie pour l’opportunité que vous me donnez de me prononcer sur la crise post électorale au Bénin La situation que traverse le Bénin est très préoccupante et complexe. Les violences et l’amplification des accusations contre le Président Talon ou contre les leaders de l’opposition ne nous mèneront à rien de bon. Le peuple a souffert et continue de souffrir de la gouvernance, des options, décisions et pratiques politiques depuis plusieurs années et ne demande qu’à vivre mieux dans la paix.

Même si elles s’appuient sur des préoccupations et revendications légitimes du peuple, les différentes accusations et contre-accusations en cours comportent assez de non-dits qui n’ont rien à voir avec l’intérêt national.

Tenez, à plus de 90%, les leaders de la mouvance et de l’opposition appartiennent au même système et partagent les mêmes réseaux. Ils ont surtout en commun d’avoir bénéficié de la générosité de Patrice Talon qui ne cache pas avoir longtemps financé l’activité politique.
À présent, le peuple béninois a besoin de solutions et non de polémiques, de morts, d’arrestations et d’exilés politiques supplémentaires.
Je suis plutôt pour l’apaisement, pour la réconciliation et le rassemblement de la classe politique. Je suis pour la paix entre les anciens Présidents Nicéphore Soglo et Boni YAYI et le Président Talon. Je suis pour l’entente entre tous les opérateurs économiques béninois et le Président de la République. Je suis surtout pour la paix entre les Présidents Yayi et Talon.
Les persécuteurs d’hier et d’aujourd’hui comme toutes leurs victimes ont besoin d’un espace rassurant de rencontre et de dialogue sincère pour une réconciliation vraie afin de travailler ensemble pour le développement de la nation.
 Vous croyez que l’entente est encore possible ?

 Bien sûr que oui. Parce qu’aucune des parties ne rassure l’autre, il nous revient, nous qui ne sommes pas mêlés aux contradictions et qui échappons aux clivages, de leur créer l’espace. Voilà l’engagement que je prends et ce à quoi je travaille. Je suis convaincu qu’ensemble, nous ferons gagner le Bénin, nous vivrons dans le Bénin économiquement prospère et socialement stable, c’est-à-dire le Bénin d’inclusion, le Bénin où chaque citoyen devient actionnaire de la richesse nationale.Vous comprenez donc que, malgré la situation du pays qui nous avait affectés hier, qui nous affecte aujourd’hui et pousse à prendre parti pour ne pas rester indifférent, mon obligation soit de toujours prioriser l’unité nationale, le bien-être de tous et l’image du Bénin.

 Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’il n’y a pas grand-chose à attendre de la main tendue du Président Patrice Talon dans son discours du 20 mai dernier ?

Comme je viens de vous le dire, le moment n’est plus à la distribution des bons et mauvais points. C’est le moment du Bénin qui appelle tous ses fils et filles. Nous, Béninois, sommes capables de nous surpasser pour à nouveau étonner positivement le monde. Et très bientôt, vous le vivrez, il fera beau.

 La communauté internationale est choquée par des élections législatives cautionnées par seulement 27% des électeurs et où l’opposition a été exclue en avril dernier dans votre pays. Voulez-vous nous dire un mot là-dessus ?

J’aurais personnellement voulu qu’il n’en soit pas ainsi. Nous avions posé des actes en invitant le Président de la République et l’opposition à l’entente et nous avions aussi fait des démarches diplomatiques préventives. Nous sommes maintenant devant un fait accompli et nous avons le choix d’avancer ou de nous enliser. Je propose à mes compatriotes l’option d’avancer et j’invite la communauté internationale à accompagner le Bénin. L’espoir de la relance n’est pas perdu.

 Le Président de l’Union progressiste, le Président Bruno Amoussou, pour qui vous auriez beaucoup de respect même si vous n’avez jamais été politiquement proche, a fait tout récemment certaines déclarations tenant pour responsables de la crise béninoise les anciens présidents Nicéphore Soglo et Boni Yayi. Il est allé même plus loin en accusant l’ancien Président Boni Yayi de vouloir reprendre le pouvoir. Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas à commenter les propos rapportés du Président Bruno Amoussou pour qui j’ai effectivement du respect. Je vous disais qu’il y a assez de non-dits dans les accusations et récriminations en cours. En interrogeant et en faisant interroger des Béninois de toutes les conditions, je suis arrivé à la conclusion qu’il nous faut travailler à l’apaisement plutôt qu’à l’enlisement de la crise.

Une dernière question, la plupart des opposants et des potentiels candidats à la prochaine élection présidentielle font ces derniers temps des déclarations sur les événements douloureux post-électoraux condamnant le Président, menaçant même de l’envoyer devant la CPI dès que le Pouvoir change de main. Partagez-vous leurs idées ?

 Quelles idées ?

Leur plan d’envoi du Président Talon et certains de ses proches y compris des officiers de l’Armée et de la Police républicaine à la Cour pénale internationale pour répondre de crimes contre l’humanité.

 J’ai été attristé par l’usage disproportionné de la violence d’Etat contre des citoyens béninois et nous nous emploierons à ce que cela ne se répète jamais au Bénin du fait de notre responsabilité.
Le Bénin est partie prenante de la Cour pénale internationale et ne saurait s’y soustraire tant qu’il y est. Cependant, je trouve prématurées les menaces d’envoi de citoyens béninois devant la CPI.
Nous avons une justice qui ne demande que notre action collective pour gagner en crédibilité et servir de socle à notre meilleur vivre-ensemble.
Et je ne crois pas qu’en son temps, il y aurait une situation qui dépasse les compétences et la crédibilité de la justice béninoise.

En conclusion, avez-vous un message à la classe politique béninoise, à vos compatriotes et à la communauté internationale ?

 Je voudrais affirmer qu’il n’y a pas dans la classe politique béninoise des Anges d’un côté et des démons de l’autre. Nous avons besoin de dépasser nos querelles et contradictions personnelles passées et actuelles pour nous recentrer sur l’essentiel, le Bénin. Le temps nous presse, mais j’ai confiance que chacun fera preuve de sagesse, par sursaut patriotique. J’ai confiance que le Président Yayi pourra partir se soigner. J’ai confiance que les anciens Présidents Nicéphore Soglo et Boni YAYI s’entendront avec le Président Patrice TALON. J’ai surtout confiance que les amis les Présidents Yayi et Talon vont s’entendre à nouveau pour faire avancer le Bénin. Le Bénin rebondira très bientôt et plus fort à la satisfaction des citoyens qui auront des emplois durables, l’éducation, la santé, l’eau potable et avec les applaudissements de la communauté internationale qui nous incrimine aujourd’hui, je vous assure.

Interview réalisée par Mikaïla Issa