20 septembre 2019
Internationale

A Hong Kong, le mouvement ne faiblit pas malgré le recul du gouvernement

Malgré le recul des autorités sur le projet de loi qui aurait permis les extraditions vers la Chine continentale, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Hong Kong dimanche.

Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dimanche à Hong Kong, où la colère était palpable après des affrontements violents entre manifestants et policiers malgré le recul du gouvernement sur un projet de loi controversé.

Les organisateurs entendent maintenir la pression sur Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif pro-Pékin de HongKong, qui a suspendu samedi un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine.

“Retirez la loi maléfique !”, scandaient les protestataires vêtus de noir. Le défilé part d’un parc de l’île de HongKong pour gagner le Conseil législatif (LegCo, Parlement), au coeur de la ville. Il s’agit du même parcours que celui emprunté par une manifestation record organisée il y a une semaine et qui a réuni un million de personnes pour sept millions d’habitants, selon les organisateurs.

Les manifestants paralysent Hong Kong, report de l’examen d’un texte controversé

D’après ses détracteurs, le projet de loi placerait la population de l’ancienne colonie britannique à la merci du système judiciaire de Chine continentale, opaque et sous influence du Parti communiste. Les milieux d’affaires craignent que la réforme nuise à l’image internationale et l’attractivité du centre financier.

“La réaction de Carrie Lam n’était pas sincère, c’est pour cela que je manifeste aujourd’hui”, explique Terence Shek, 39 ans, venu avec ses enfants.

Mercredi, Hong Kong avait connu les pires violences politiques depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, quand des dizaines de milliers de personnes avait été dispersées par la police à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

“Police de Hong Kong, tu dois nous protéger, pas nous tirer dessus”, pouvait-on lire sur une banderole. Des manifestants brandissaient les photos des affrontements.

Mme Lam ne s’est pas engagée à remiser définitivement son texte au placard. Les protestataires réclament en conséquence l’abandon du projet, la démission de la cheffe du gouvernement ainsi que des excuses pour les violences policières.

“Cette suspension signifie que le projet pourra être réactivé à n’importe quel moment”, déclare le militant Lee Cheuk-yan.

Un manifestant mort en tombant du toit d’un centre commercial

Près de 80 personnes, dont 22 policiers, avaient été blessées mercredi. Samedi, un homme est mort en tombant du toit d’un luxueux centre commercial du centre-ville, d’où il tenait depuis plusieurs heures une banderole: “Retirez complètement la loi d’extradition chinoise. Nous ne sommes pas des émeutiers. Libérez les étudiants et les blessés”.

Les gens formaient d’immenses files d’attente pour déposer des bouquets de fleurs et des grues en origami sur les lieux du drame ainsi que des messages d’hommage au défunt.

Malgré le recul gouvernemental, la foule ne décolère pas.

Jimmy Sham, du Front des droits humains civiques, a comparé le projet de loi à un “couteau” s’étant abattu sur Hong Kong. “Il a presque atteint notre coeur. Maintenant le gouvernement dit qu’il ne l’enfoncera pas davantage, mais il refuse aussi de le ressortir”.

L’opposition au projet de loi est très large, réunissant avocats, organisations juridiques influentes, capitaines d’industrie, chambres de commerce, journalistes, militants, religieux et diplomates occidentaux.

En vertu du principe “un pays, deux systèmes”, l’ancienne colonie britannique jouit de libertés inconnues en Chine, théoriquement jusqu’en 2047.

Mais le mouvement dépasse la question des extraditions et exprime un ressentiment beaucoup plus large contre le gouvernement et contre Pékin, accusés de rogner depuis des années les libertés du territoire semi-autonome.

A Lion Rock, un sommet située dans la partie continentale de Hong Kong, une immense bannière avait été déployée : “Défendez Hong Kong!”

Ces derniers jours, la cheffe du gouvernement s’est retrouvée de plus en plus isolée, les députés proPékin prenant eux-mêmes leurs distances par rapport au texte au motif qu’il porterait atteinte à l’environnement économique de Hong Kong.

“Nous soutenons, respectons et comprenons” la décision de suspendre le texte, a déclaré le ministère chinois des Affaires étrangères, parlant de la nécessité de “restaurer le calme au plus vite” dans le territoire.

“Les groupes pro-démocratie ne vont pas s’arrêter là”

Les détracteurs de Mme Lam, qui a parlé d’émeutiers, lui reprochent d’avoir manqué plusieurs occasions de présenter ses excuses pour le comportement de la police.

Celle-ci a justifié la vigueur de son action par les actes de violence perpétrés par certains manifestants. Mais l’opposition l’accuse de s’être servie des agissements d’une infime minorité pour se déchaîner sur l’ensemble des protestataires, en grande majorité pacifiques.

“Les groupes pro-démocratie ne vont pas s’arrêter là. Ils veulent profiter de la dynamique contre Carrie Lam”, a expliqué à l’AFP l’analyste politique Willy Lam. “Ils vont maintenir la pression et continuer sur cette lancée”.

Les protestataires réclament en attendant que la police abandonne les poursuites contre les manifestants accusés d’être des émeutiers. Ils craignent les représailles du gouvernement, dit le militant Lee Cheuk-yan, et veulent la garantie que “le peuple, les manifestants, ne soient pas harcelés et politiquement persécutés par le gouvernement”.

Nommée à la tête de l’exécutif par une commission largement composée des affidés de Pékin, Carrie Lam a affirmé que la loi sur les extraditions était nécessaire pour empêcher la place financière de devenir un refuge pour criminels, tout en admettant que son administration avait sous-estimé l’opposition populaire.

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